Deux morts, deux mesures

On apprenait au début du mois d’octobre 2020 que près d’une soixantaine de sarcophages en parfait état de conservation ont été découverts dans la nécropole de Saqqara, au sud du Caire en Égypte. Ils avaient été ensevelis il y a plus de 2 500 ans.

Au même moment, en France : la tempête Alex était en train de balayer l’Hexagone, faisant un passage par Saint-Dalmas-de-Tende, où elle « découvrait » elle aussi quelque 150 sépultures à la suite des inondations ayant emporté une grande partie du vieux cimetière de la ville.

Les plus superstitieux pourraient y voir la manifestation d’une colère ancestrale, un retour de bâton karmique. Les plus raisonnables n’y verront que ce dont il s’agit vraiment : une coïncidence.

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Ton entreprise tu aimeras

Dix commandements ne sont plus nécessaires puisqu’une simple doctrine suffit désormais : un individu qui aime son travail est plus performant. Ce mot d’ordre cherche à rassembler les fidèles lors de la grande-messe de l’entreprise, entre épanouissement personnel et rentabilité poussée à l’extrême. Le salarié 2.0 sera heureux, ou ne sera pas.

Générateur de bonheur

L’équation est simple : bien-être = performance. C’est la récente découverte du monde de l’entreprise, qui a pris de court dirigeants, consultants et professionnels des ressources humaines. Subitement, le terme de « bien-être au travail » est sur toutes les lèvres. Une bonne nouvelle pour les salariés Français ?

En 2018, les grandes entreprises autant que les jeunes pousses redoublent d’initiatives visant à générer du bonheur dans le quotidien de leurs employés. Des petites attentions, souvent bienveillantes, mais parfois maladroites, qui cherchent à faire du lieu de travail un lieu d’épanouissement personnel là où il n’est que trop rarement un lieu d’épanouissement professionnel. Notamment face aux contraintes réelles des salariés que sont la durée des trajets-travail, les difficultés de déconnexion, une rémunération insuffisante, ou encore le manque de perspectives d’avancement…

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Le monstre qui nous sauvera tous

Bien que le débat reste ouvert, il semble difficile de le nier : le monde est en colère. Les manifestations et autres démonstrations sociales sont désormais monnaie courante, qu’elles concernent le soutien aux migrants, la réforme de la SNCF, la défense d’une ZAD ou encore la contestation d’une décision de justice.

Face à cette colère qui gronde, une question vient à l’esprit. Les inégalités sont-elles en train de se démultiplier ou est-ce que la prise de conscience collective continue de grandir ? En clair, est-ce que le monde part de plus en plus en vrille ou est-ce qu’on ne s’en rendait pas compte jusqu’à présent ?

Indépendamment de la réponse, une chose est certaine : cette injustice sociale n’est plus acceptable. Les discriminations (racisme, sexisme, homophobie…), les inégalités (accès à la santé, l’éducation ou l’emploi, salaires…) et l’insécurité qui touchent de plus en plus de groupes de personnes, souvent appelées minorités, mais qui sont en réalité le cœur de la population, provoquent désormais une réaction viscérale.

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Plaisirs digitaux et addiction tactile

Une étude récente de l’opérateur téléphonique Bouygues Telecom révèle que l’amour des Français pour leur téléphone ne connaît plus de limites. Jusqu’à 150 millimètres de plaisir à portée de main, à tout moment, à la maison, dans les transports en commun ou dans les toilettes de son entreprise.

Si on apprend ainsi que 43% des personnes interrogées n’éteignent jamais leur mobile – davantage encore chez les jeunes (57% des 15-25 ans) et notamment les filles (64%) –  ce qui interpelle le plus est que cette petite brique en plastique bourrée d’électronique passe pour beaucoup avant l’alcool (79%), le sport (66%) et le sexe (41%). Ainsi, près d’un Français sur deux préfère passer du temps en tête-à-tête avec son mobile plutôt que de participer à une bonne partie de jambes en l’air.

Une activité en solitaire, les yeux rivés sur un flux continu de fake news, qui ne nécessite désormais plus forcément de faire tous les sacrifices : Pornhub, leader des plateformes de vidéos pornographiques, a annoncé le lancement d’une gamme de sextoys connectés. Grâce à une application sur son smartphone, l’engin émettra alors des vibrations en cadence avec la vidéo regardée. Une masturbation digitalisée qui n’aidera certainement pas à faire décrocher les plus accros à leur téléphone.

Couplée aux populaires lunettes de réalité virtuelle, cette technologie de plaisir de pointe ne pourra qu’augmenter le niveau de satisfaction devant son mobile, à présent collé au plus près de la rétine et répondant aux pulsions les plus intimes, d’un simple glissement de doigt.

Seule inquiétude : avec 73% des Français utilisant leur téléphone pour consulter leurs comptes de réseaux sociaux, une séance de sexe digital ne risquerait-elle pas d’être interrompue par une notification Facebook surgissant de manière soudaine devant une paire de seins siliconée ? À chaque génération son fléau…

Vieilles poussettes

Une histoire de poussettes, de bus et de canicule…

Comme tous les soirs, le bus est bondé. Je grimpe à l’avant, fais passer mon badge sur le validateur et me heurte à un mur humain. La conductrice de l’engin se lève, se hisse en dehors de sa cabine et demande avec une irritation non déguisée aux passagers d’avancer vers l’arrière de l’engin. Il est évident que ce n’est pas sa première intervention. Je reconnais la conductrice, qui pilote souvent mon bus retour. J’ai désormais l’habitude de son franc-parler et de son manque de patience. Il est 19h30 et il fait 36° dans les rues de Paris. Le voyage s’annonce prometteur.

Je me faufile entre les passagers qui se ramollissent à vue d’œil, installés dans les fauteuils qui longent les vitres. Les autres s’agrippent aux barres crasseuses. Leurs mains glissent à cause de la sueur. Je termine mon appel, commencé à l’extérieur du bus, lorsqu’il marque son premier arrêt. Du monde descend et je peux avancer vers l’arrière du véhicule. L’espoir de trouver une place est mince… Pourtant, en voilà une ! À peine ai-je posé mes fesses sur le bord du siège, le sac à dos m’empêchant de m’asseoir correctement, qu’une femme large, rose et luisante s’avance en clopinant.

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#SolidaireOuTaisToi

Deux attentats terroristes ont eu lieu le 13 Mars dernier. Le premier s’est déroulé en Turquie, où Les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK) ont réalisé une attaque à la voiture piégée dans la capitale Ankara. 35 morts et plus de 120 blessés. A plus de cinq milles trois cent kilomètres de là, c’était Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui menait l’assaut dans trois hôtels de la station balnéaire de Grand-Bassam, à l’est d’Abidjan en Côte d’Ivoire. 19 morts.

Quatre mois jour pour jour après l’attaque terroriste qui a frappé Paris le 13 Novembre dernier (il semblerait que les superstitions sur le chiffre 13 aient de beaux jours devant elles), il est tout naturel d’établir une connexion entre les trois évènements. La connexion n’est pas factuelle. Ni le TAK, ni Aqmi n’est affilié à Daesh, et s’il existe une concordance des pratiques, elle semblerait d’avantage due à un simili de concurrence dans le milieu du terrorisme.

Non, si connexion il existe, elle est bien émotionnelle. Comment ne pas se sentir proche de gens, même à plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres, victimes des mêmes atrocités que nous ? Car il serait de mauvais goût de comparer ses propres attentats avec ceux des autres, n’est-ce pas ? « Oui mais tu comprends, moi, mon attentat a fait tant de morts ! » « Nous, ils n’ont toujours pas arrêté les commanditaires, c’est bien plus grave ! » « Comment ça ? Personne n’a revendiqué ton attentat ? Désolé, mais ici on accepte que les vrais attentats ! » Quel mauvais goût cela ferait !

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Au crépuscule de la liberté d’expression

L’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 aura été le 11 septembre 2001 français. Une date à laquelle on ne peut s’empêcher de revenir dès lors qu’on souhaite aborder un sujet s’approchant un tant soit peu de l’actualité. Parmi les nombreuses choses que le massacre a placé sous le feu des projecteurs se trouve la liberté d’expression.

La liberté d’expression nait au XVIIIe siècle. C’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui la définie en 1789, au lendemain de la Révolution française : « Article 11 – La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme renchérie : « Article 19 – Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Peu après, en 1950, c’est la Convention européenne des droits de l’homme qui solidifie le tout : «  Article 10 – Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. »

En bref, la liberté d’expression est un droit humain qui coule de sens. Il est donc tout à fait inconcevable, en 2016, que quelqu’un tente de nous l’enlever. On a déjà compris, à travers le massacre de Charlie Hebdo, que la liberté d’expression est sous la menace terroriste. La mobilisation citoyenne (presque) exemplaire malgré la cacophonie médiatique et les accaparations de tout un chacun aura montré le regain d’amour pour la liberté d’expression. La France sera redevenue phare scintillant, perçant la sombre étendue des interdits, montrant la voie de la liberté.

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